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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 11:19

On a tous eu envie, sur un coup de tête, un coup de nerfs, de « péter les plombs », laisser déborder cette énergie dévastatrice qui nous laissera vidés, nus, presque sans vie.

Rares sont ceux qui franchissent le cap et passent à l’acte.

 

Passage à l'acte number one :
In the train


Cette grande ligne est toujours bondée. On se demande à quelle heure sont arrivés les gens côté hublot ! Z’ont dû camper la veille pour s’installer là !
Comme je n’arrive jamais assez tôt, le jeu consiste à choisir le compagnon de hublot le plus adéquat : la lectrice tranquille,
le bavard,
la bande de joyeux des espaces à 4,
le compartiment à 8,
1ère ou seconde.
Ce jour-là, j’ai jeté mon dévolu sur mister sieste !
Il dort déjà mais ne semble pas ronfler.
Au moins, on ne se dérangera pas mutuellement ! Un homme sort rarement pisser durant le trajet. C’est statistiquement prouvé !
J’aurais eu plus de chances de devoir me lever à côté d’une femme. Celui-là semble vraiment écraser sévère ! Il est officiellement désigné comme mon compagnon de hublot !


Je sors donc mon livre de poche spécial trajet compact : léger et éventuellement terminable en un aller-retour.
La première ½ heure se déroule comme prévu. Je me suis placé loin des familles pour éviter les cris des marmots qui m’insupportent. Loin aussi des groupes de filles qui piaillent. Leurs poufferies m’indisposent !
Seigneur, préservez vous de ce monde de superficialité cancanesque !

 

Voisin s’éveille lentement.
Stratégie classique dans les transports le NEC : No Eye Contact.
Je lui épargne l’effort du sourire de politesse en évitant soigneusement tout contact visuel les yeux rivés sur ma lecture.


Bon, je sais, j’ai un problème avec les gens.
Surtout dans le train. Leur intimité étalée m’indispose. La proximité de leurs odeurs, couleurs et conversations me hérisse le poil !
Donnez moi de l’anonymat et du silence !
Je n’aime pas non plus que l’on me regarde dormir.
J’ai l’impression qu’on entre chez moi sans frapper et que je suis nu.
J’évite donc de lever un quelconque cil vers Voisin et plonge dans la lecture de mon captivant roman.
J’entends Voisin qui s’active, heureusement, il ne semble pas non plus vouloir établir le contact.
Je le surveille du coin de l’œil et ce que je redoutais arrive : il sort son téléphone portable !
Au début, il se contente de taper sur toutes les touches, agile du pouce comme un singe, il envoie des messages à la vitesse de la lumière.
Le clic clic sur les touches reste supportable.
Puis, son téléphone commence à faire des bip-schlack-gling dans tous les sens. Il a lancé un jeu de voitures débile avec une musique débile et fait une tête débile en y jouant.
Bon.
J’essaie de me concentrer quand même sur ma lecture.
Et tout d’un coup, un bruit strident me déchire le tympan. Comment peut-il y avoir une sirène de pompiers dans un train !
Ouiiiiiinnnnnnnnnnnn
Ouiiiiiinnnnnnnnnnnn
Eh non ! Eh eh ! Il s’agit de la sonnerie du téléphone déblie de Voisin.
Qui bien sûr, décroche, au diable l’intimité des autres voyageurs et la sienne. Et la mienne !!!

Et de hurler dans le combiné :
Allô ? Allô ? Tu m’entends ? Oui, moi je t’entends ! Et toi, tu m’entends ? Non ? Bon ben, on s’entend pas alors ?

 

Quand on connaît le prix à la seconde de communication… Navrant !! On se dit que cela lui coûte bien cher l’absolue inutilité de cette conversation ! Il raccroche donc. Je me dis que, raisonnablement, il va éteindre en attendant une météo-réseau plus propice. Mais non, une minute plus tard, re-ouin-ouin du téléphone débile. Re-tu-m-entends-moi-non-plus. Dommage… Re-raccrochage !
Voisin m’a tout l’air d’être un sacré blaireau ! Re-ouin-ouin.
Allô, tu m’entends ? Oui ? Super !
Et merde ! Défilent, évidemment, les constats d’évidence !
T’es où ? Ah d’accord ! Moi, chuis dans le train, j’peux pas t’parler !
Mais qu’est-ce que tu es pourtant en train de faire ???
Ouais. Ouais ouais. Nan. Ouais. Nan.
Pire qu’un télégramme en morse !
Non, j’t’assure, j’peux pas t’parler, c’est plein de blaireaux, j’vais m’faire allumer.
Ça, c’était LA petite phrase en trop !
LE truc à pas dire !
Il raccroche.
Me regarde de son œil vide de bulot qui a raté la marée…

Entre bulot et blaireau, je choisis mon camp !

Je lui assène le plus beau coup de boule de toute l’histoire du train corail !

Il est assommé, KO pour un bon bout de temps, le parasite ! Le temps qu’on arrive à destination ! Au moins…
J’ai basculé son corps inconscient contre la vitre.

Pour qu’il profite de la vue...

Les freins grincent sur les rails. Le train s’arrête, je suis parmi les premiers à me lever. Je me dirige tranquillement, sans hâte, vers la sortie.
Personne ne m’attend.
Derrière moi, j’entends une certaine effervescence.
Monsieur ? Monsieur ? Réveillez-vous ! On est arrivé ! Monsieur ?
Tu crois qu’il est malade ?
Chais pas ? Monsieur ?

 

Je descends sur le quai. Il fait déjà beau.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:30

La vie nous réserve parfois des surprises, bonnes ou mauvaises, peu importe, mais qui valent d'être racontées, parce qu'elles dépassent bien souvent ce que l'on pourrait imaginer comme adaptation de roman pour une comédie dramatique.
La comedia dell arte revue et corrigée en quelque sorte.
Ca a commencé avec la grippe A de Fistondamour, en octobre 2009.
En résumé, les 4 épisodes marquants de cette grippe ont été :
Episode 1 Fistondamour : Ben Maman, j'ai déjà été malade pire que ça ! en grignotant des saloperies devant un épisode des Simpsons, bien au chaud sous la couette, mais toussant quand même comme un dératé !
Le directeur de l'école que je préviens de l'absence de Fistondamour : oui, on va faire simple, ne faites pas les tests de confirmation, ça m'arrange, ce sera plus facile à 1 semaine des vacances, sinon va falloir que je fasse fermer l'école
Episode 3 Moi : évidemment, je l'ai attrapée (la grippe, hein, pas l'école)
Episode 4 Re moi : je décide quand même de partir en week-end à Rome... Parce que week end à Rome, ti la li la li la la la, c'est la chanson merde :)
Je tousse beaucoup, suis essoufflée, mais, bon, pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous, mais vous comprendrez plus tard pourquoi je parle de cette grippe A.

We à Rome, donc, bien arrosé, dans les verres, pas dans le ciel :)

Le week-end suivant, nous partons en Bretagne, là encore liquider quelques bouteilles qui ne méritaient que ça !
Retour en voiture, je ronfle pendant que MyLove conduit. J'ai vu pire comme voyage ;)
Le lundi, c'est là que ça a commencé à déraper : je me sens fatiguée, essoufflée, et je mets ça sur le compte des week-ends fatigants que je viens de passer.
Le mardi, je me réveille avec une contracture dans le dos, que je mets là encore sur le compte du voyage en voiture, j'ai dû mal me placer en dormant.
Le soir, la douleur ne passant pas, j'appelle SOS Médecins car mon médecin traitant n'est pas disponible.
Le vieux doc' arrive, me diagnostique effectivement une grosse contracture et me fait immédiatement 2 piqures, 1 dans chaque fesse, en me reluquant "gourmandement".
Et une séance de kiné ? Demande-je, pleine d'espoir ?
Pas la peine me dit-il, je vous arrête demain, avec ce que je vous ai donné, ce sera passé en un rien de temps !
Ma voisineterrible vient diner pour me réconforter, je respire toujours très moyennement (foutue grippe me dis-je) mais la douleur dans le dos s'est un peu apaisée. On s'envoie 3 verres de rosé, chacune dois-je préciser, et je m'en vais me coucher.
La douleur ne passant pas, le lendemain je me décide à prendre le décontractantdelamortquitue qui fait passer toutes les douleurs du dos et trouve une kiné bien sympa qui me replace le bassin, les vertèbres tout en me parlant de son futur tour du monde. Elle part dans 2 mois.
Je ressors, shootée total, toujours mal dans le dos mais le coeur plein d'espoir, avec des envies de voyages plein la tête et zou, re dodo.
Jeudi matin, ça ne s'arrange décidément pas, j'en suis à 5 g de paracétamol par jour, 2 doses de décontractantdelamortquitue et j'ai toujours mal et je respire toujours mal.
J'ai du me coincer un nerf, me dis-je savamment.
Je rentre chez moi, rappelle un médecin, car médecin traitant impossible à atteindre tellement je suis coincée.
Celui-ci me reluque de nouveau le derrière pour une piquouse et me dit "Bon allez je vous arrête demain", l'air de dire "J'ai compris que vous faisiez du chiquet pour être en week-end plus tot".
Commencent à me fatiguer, les toubib, là ! Il me prescrit tout de même, royalement, 5 séances de kiné.
Je dors la modique somme de 17 heures d'affilée, et m'apprête à aller à ma séance de kiné, lorsque Voisineterrible m'appelle.
Elle avait pris RDV exceptionnellement le matin chez sa propre kiné. Allez savoir pourquoi ce jour-là. En arrivant chez la kiné, elle lui décrit ma semaine. Et... C'est là que ça a dérapé sévère.
Voisineterrible m'appelle, donc, et me dit :
Je te passe ma kiné, elle a un truc important à te dire, ça va pas te plaire, mais écoute
Ca commence bien !
La kiné :
Alors voilà, j'ai déjà eu des patients comme vous, ils faisaient une embolie pulmonaire. Faites un contrôle aux urgences, si ce n'est pas ça, vous aurez perdu un peu de temps, sinon c'est très grave, vous pouvez faire une rechute et en mourir. Je vous fais peur, c'est volontaire, je suis très sérieuse !
Ah...Euh... Et vous trouvez ça drôle ??
Elle me repasse Voisineterrible à qui je dis :
Bon écoute, je vais aller faire ta prise de sang, mais je te préviens si tu me foires mon vendredi soir (il est 17h30), tu me dois un magnum !
De champagne, évidemment.
Un pote arrive, à qui je demande de me déposer aux urgences, si c'est pas trop demandé. Je n'ai quasiment rien mangé depuis la veille et là, je suis prise d'une idée lumineuse :
Y a une boulang', arrête toi, j'ai faim !
Je dévore une demi-baguette et un Royal chocolat qui passaient par là, et nous voici arrivés à HotelDieu.
Je raconte à l'accueil mon cas, en précisant que c'est un médecin qui m'envoie, parce que si je commence à expliquer que c'est la kiné de ma Voisineterrible, que j'ai même pas vue, je sens que ça va être plus difficile.
Je demande où est le labo, mais là j'ai pas le temps de dire ouf, on me dit :
 "Maintenant, vous ne bougez plus, vous restez allongée sur le brancard ici, on va procéder aux examens"
Tain, ils m'ont prise au sérieux. Moi, j'en suis limite à repartir parce que je réalise tout d'un coup que ça va être long, mais de délicieux pompiers arrivent pour "livrer" un mec qui a fait une tentative de suicide "à titre expérimental" me précise-t-il avec je ne sais quel mélange de cachetons.
Je prends donc mon mal en patience, en prévenant MyLove "On va diner tard, chéri" (Nous sommes censés aller au resto le soir-même et je culpabilise à l'idée de m'être envoyé le fameux Royal au choco juste avant)
Commence une série d'exams dont je vous passe les détails, mais arrive le moment du scanner.
On vient tout d'un coup me chercher en urgence absolue, j'ai beau demander ce qui se passe, on me répond :
"Vous verrez avec le médecin"
Je commence à avoir de sérieux doutes, j'envoie donc un SMS à MyLove :
"J'ai peur qu'ils me gardent cette nuit en observation (sic), viens me faire un coucou, on dinera pas tard, on dinera pas tout court"
Merci au Dieu des Gateaux au chocolat d'avoir mis ce Royal sur ma route, il est déjà 23h30...
Je n'ai jamais fait de scanner de ma vie, le mec me dit :
"On va vous injecter de l'iode, ça peut vous faire chaud dans tout le corps"
Il oublie de préciser que dans tout le corps, ça veut dire les bras, le torse mais surtout, surtout, le sexe, on a littéralement l'impression de se faire pipi dessus.
Oups, me dis-je mais non, pas besoin de couche ;) Comme vous le verrez dans une prochaine note, finalement, il aurait peut être mieux valu que j'en aie une !
Le verdict tombe alors :
Vous avez fait une embolie pulmonaire, comment vous êtes arrivée debout ??... (et vivante entends-je dans les pointillés !)
Je sens que si j'explique que j'ai eu droit à un diagnostic téléphonique par la kiné de ma Voisineterrible, je ne serai pas prise au sérieux !

Le médecin me confirme :
"Ca s'étend sur le bas des 2 poumons, donc c'est très douloureux."

Sans blague ?? Allez savoir pourquoi je n'avais mal que du côté droit et dans le dos ??

Il continue

"Vous allez suivre un traitement, et rester avec nous quelque temps."
Quelque temps ?? Ben, et mon week-end alors ?
On m'emmène donc en brancard aux soins intensifs et on me change de ... brancard.
Ben oui, Assistance publique oblige, on a les moyens qu'on peut et donc leurs lits sont des brancards.
Mais pas des tout neufs, hein non, trop facile ! Des bien pourris, qui peuvent plus rouler. Et qui n'ont plus aucune mousse au niveau des fesses.
"Dormez !" me dit-on.
T'as raison, j'ai peut-être un beau diagnostic tout neuf, mais j'ai surtout et toujours un mal de chien dans le dos, envie de faire pipi et HORREUR de faire pipi en public dans une bassine, j'ai faim, je suis branchée de partout : tension, coeur, perf', et je dois me calmer et dormir ??
Z 'en ont de bonnes, parfois. Je "dîne" royalement à 2h du mat de 2 yaourts et je commence évidemment à avoir envie de faire plusquepipi.
Je me résouds donc à faire plusquepipi dans la bassine et, branchée comme je suis, j'en renverse évidemment plein le lit.
Je cherche la sonnette et je n'en ai pas !
Je finis par me débrancher en me disant "Ils vont croire que je suis morte, ils vont venir"


J'attends...

<Interlude>J'attendrai le jour et la nuit ti la la </Interlude>
3 L'infirmière pleure ?

 

L'infirmière pleure pas, elle ne sait même pas que je suis morte, quel est l'intérêt de me brancher de partout ?
Je me débranche donc, exceptée la perf' que je garde à la mimine et je pars à sa recherche.
Et là, je tombe sur le sosie de Marianne James qui m'invective :
"Que faites vous debout ? Vous voulez mourir ?"
"Non je vous cherche juste car j'ai sali mes draps"
"Retournez vous coucher, vous allez mourir debout"
"C'est gentil de me dire ça, mais mon lit est sale"
Elle change le drap et m'engueule encore en me disant que j'aurais pu appeler.
"J'ai pas de sonnette"
"Faites du bruit, fort, avec la cruche d'eau, mais ne vous levez pas, vous pouvez mourir"
Et là, c'est en est trop, ce putain de mal de dos, le choc, la honte d'avoir renversé mon plusquepipi, la fatigue, j'éclate en sanglots.


3 L'infirmière gueule ;)

 

Bon vous l'aurez compris, ce n'est pas le passage le plus glorieux ni le plus drôle de mon histoire, mais l'histoire finit bien, alors attendez la suite, vous allez vous marrer ;)

J'en profite pour remercier tous ceux qui m'ont écrit, appelée, cherchée, engueulée "Mais t'es où on t'attend", interrogée "C'est quoi une embolie pulmonaire ?", informée gentiment "C'est super grave, ce que t'as eu, c'est des caillots de sang dans les poumons, t'es encore vivante ??"

Oui, I survived et j'ai encore plein de choses à vous raconter maintenant que je suis rentrée chez moi et en convalescence pour quelques semaines !

Je tiens à préciser que tout ceci m'est arrivé en novembre 2009 et que je vais bien, merci :)

Je remercie Voisineterrible et la kiné sans qui je ne serai probablement plus là pour publier aujourd'hui !

 

J'ai choisi de re-publier cet article car, au-delà d'avoir un certain pouvoir comique, cette histoire sera peut-être lue et utilisée par des personnes pour diagnostiquer une embolie et sauver une vie !

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 16:27

Papa avait beaucoup de centres d'intérêt. L'échange epistolaire était l'un de ses favoris.
Il parcourait la presse tout autant à l'affut d'articles intéressants comme de scandaleux abus orthographiques et se munissait de sa plus belle plume pour "réagir". S'indigner, s'extasier, apostropher vertement ou féliciter chaleureusement.


Lui, si réservé dans la vie réelle, si avare de démonstrations de sentiments, faisait preuve d'une verve décuplée par le plaisir d'écrire.
Réfractaire sélectif aux nouvelles technologies mais conscient de l'impact d'une belle lettre "wordée", il faisait souvent appel à mes services pour taper son courrier, usant pour cela du fax que je lui avais installé et qu'il regardait d'un oeil bienveillant comme le digne descendant du télex, seul outil avec le show-view de sa télécommande, qu'il daignait apprivoiser. Il me faxait donc sa lettre manuscrite en me laissant ses instructions précises : nombre d'exemplaires, adresses expéditeur et destinataire et, bien sûr, date de livraison souhaitée : sous-entendu, viens manger un morceau à la maison, et prévois un panier pour les victuailles avec lesquelles tu repartiras.


Ce week-end, en poursuivant le pénible travail de rangement vertical, j'ai trouvé, se cotoyant gaiement sur ses étagères, 2 "dossiers".
Le premier était un courrier destiné à un certain Jacques C., ancien président de la République. Courrier dont je me souvenais car, outre le fait que j'avais dû le taper et qu'il m'en avait quelque peu coûté, ne partageant pas forcément les affinités de Papa pour le président en question, la phrase de conclusion était : et par Saint-Georges, vive la cavalerie !
A l'époque, je m'étais demandé quelle malédiction potentielle planerait sur ma tête pour avoir tapuscrit cette phrase, que je relis aujourd'hui avec tendresse, à travers le prisme du souvenir de Papa.
Cette missive, donc, cotoyait joyeusement un dossier d'un tout autre genre : le courrier grivois. Le tapuscrit émanait du "Ministère de la condition Féminine - Sous secrétariat d'Etat aux affaires sexuelles", était signé par le Secrétaire eponyme, Monsieur Jean Baise, et se présentait sous la forme d'une circulaire destinée à toute femme n'ayant pas reçu son équivalent en kilomètres de coups de "bitoires" et invitait toute contrevenante à se faire connaître auprès du-dit Secrétaire pour compensation et justificatif de frais kilométriques.


Comment ne pas sourire/rire au souvenir du personnage contrasté qui peut faire co-habiter JC et JB avec un tel sens du classement.

Je suis repartie avec, en poche, l'édition 1975 chez Pouzet de 800 contrepèteries, qui a servi de base à mon éducation contrepète.
Quand je vois le retour en force de cet art sur les murs facebookiens, me vient une "pensée unique" : merci Papa !

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 16:36

On pense la douleur insurmontable. On nie cette réalité si difficile. On regrette certaines choses, on en pleure d'autres.
On se dit que rien ne sera jamais plus comme avant.
On voudrait refaire le film en arrière, figer pour l'éternité ces instants magiques partagés.
On était fille.
On devient orpheline.
D'un Papa.
De son Papa.
C'est insoutenable. Mais réel.
Que faire si ce n'est écrire ? Que faire si ce n'est laisser encore des traces de lui. Car, au final, il ne restera que cela. Les souvenirs de lui.
<B>L'ex de ma vie</B>

 

Papa est parti au volant de sa voiture. Foudroyé par une hémorragie cérébrale, il est parti vers d'autres horizons par une après-midi d'hiver. Les 2 jours de sursis n'ont servi qu'à adoucir un peu la brutalité du départ. Un peu. A nous faire rire, aussi, comme toujours.

 

Le temps que j'arrive à l'hôpital, le médecin n'a pas eu le temps de nous "briefer" et nous découvrons Papa sanglé à son lit d'hôpital. Ils n'ont pas eu d'autre choix que de l'attacher car :

 

- Il a cherché à s'enfuir de l'hôpital plus de 10 fois avant qu'ils ne se décident à l'immobiliser

 

- il a baffé une infirmière

 

- il a enfermé le médecin et un interne dans sa chambre

 

On lui a donc confisqué ses chaussures et son couteau (Papa se promenait toujours avec son couteau en poche).

 

A peine arrivées, le médecin nous donne donc un topo de cette agressivité qui lui semble déplacée mais qui me semble, à moi sa fille, normale. J'ai eu un Louis de Funès pour Papa, avec ses avantages et ses défauts. Beaucoup de défauts, beaucoup de silences, mais aussi beaucoup de fierté et beaucoup d'amour. Le fait qu'il veuille fuir cet endroit est parlant, il sait que l'hôpital c'est la mort et il veut en partir à tout prix.
Lorsque le médecin le regarde, même s'il n'est plus tout à fait là, il lui lance, grandiose :
- MÔssieur, vous me devez une paire de brodequins

 

Il ne cesse ensuite de réclamer à maman : "Couteau - Ciseau - Faut couper", pour se libérer du lit.

 

Son regard est vitreux, je n'ose me l'avouer mais je sais à ce moment, qu'il est déjà parti. Il nous a déjà quittées, discrètement, sobrement, l'artiste est parti par la petite porte de derrière, emportant avec lui mon droit à être encore, parfois, une petite fille.

 

Il décède 2 jours plus tard, par une nuit enneigée, la première de cette quinzaine qui n'en finit pas de bloquer les gens sur les routes et dans les aéroports et qui nous enveloppe dans un coton absorbant les cris de douleur de nos âmes.

 

Le reste est un tourbillon de papiers, de dépression, de fous-rires aussi. Car évidemment, on rappelle à nous un maximum de souvenirs pour ne pas laisser partir le Monsieur. Prolonger encore Papa. Raconter encore Papa.

 

L'entrée du cercueil dans l'église Saint-Augustin est sûrement l'image qui m'a le plus frappée : la lente progression des 4 hommes qui portent le corps léger de Papa, et derrière cette tempête qui se lève et recouvre Paris d'un manteau blanc en quelques minutes. Je soupçonne Papa de jouer avec la météo depuis qu'il est parti. Toute cette neige en hommage à son départ place tout le monde extérieur en sourdine, comme si la Nature, par respect pour notre douleur, mettait en sourdine tout le bruit de la vie pour nous laisser mieux entendre battre nos coeurs, vivants, dans la douleur de ne plus entendre battre celui de Papa qui est parti.

 


Je n'ai jamais eu autant d'ex présents dans ma vie que ce jour-là.

 

Est-ce que l'on reconnaît désormais la qualité de ses relations à celles que l'on réussit à préserver avec ses ex. Est-ce que la vie c'est savoir accepter la continuité des changements dans nos vies, le va et vient incessant des âmes qui arrivent et qui partent ?

 

Papa, tu resteras l'EX de ma vie.

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 16:26
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 16:14

Je suis devenue maman en 2000. Entièrement. Totalement. Je crois bien que ça a toujours été présent en moi, la naissance de Fistondamour a juste révélé la chose.

Prévisible. Tout cet amour à donner, canalisé vers ce petit être. Facile à imaginer même si on ne s'attend pas à autant de force. Autant de puissance.

Ce que je ne savais pas, c'est que tout cela me préparait à une autre forme de maternité : devenir la 'maman' protectrice de ma propre mère.

Elle aura 80 ans dans quelques jours. Veuve depuis 1 an, elle erre dans sa vie bien vide sans mon père. L'esprit toujours alerte, le corps qui commence tout doucement à montrer des signes de fatigue. C'est toute la mécanique qui s'enraille petit à petit.

 

Alors je veille. Je veille sur elle, comme elle l'a toujours fait sur moi. Non plus comme sa fille, mais comme sa mère.

Le cycle de la vie, le roi Lion, tout ça, on se dit que c'est d'un cliché, une caricature. Et puis, on est confronté à la réalité.

Cette réalité c'est la Nature qui nous y prépare. Sans qu'on le sache.

Etrangement, je n'ai pas de regret à ne plus être fille de, quelque part. Sans le savoir, en devenant mère, en apprenant les gestes, en apprenant l'attention, en apprenant l'amour, j'ai appris à devenir la maman de ma maman pour l'accompagner jusqu'au bout du chemin.

Et même si l'idée de la perdre est insupportable, je m'y prépare.

Et même si l'idée m'empêche de dormir, elle m'aide aussi à vivre tous ces instants précieux avec elle, dans l'urgence de vivre. L'amour créée l'urgence.

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