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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 15:07
La mère à côté : sortie le 13 mai

Rosy a 90 ans mais ne s’en souvient pas. D’ailleurs, depuis quelque temps, elle en a 62. La mémoire en naufrage, elle ne peut plus se raconter. Alors c’est sa fille qui prend la parole. Pour la retrouver, fixer des instants de vie, évoquer la relation fusionnelle qui les lie, l’inversion progressive des rôles et ce qu’il reste d’humour et d’amour, malgré la réalité brutale de l’effacement de soi.
S’appuyant sur des souvenirs d’enfance, elle ouvre un territoire où le passé et le présent cohabitent, et tente de restituer la vie simple et la personnalité de celle qui était un modèle de force active, d’excentricité et de joie de vivre.

La Mère à côté, c’est l’hommage lumineux et bouleversant d’une fille à sa mère, écrit dans l’urgence de lutter contre l’absence. Mais, au-delà de l’expérience personnelle, l’auteure donne une valeur collective à son récit, en tentant de répondre à cette question : que signifie pour une femme de vieillir ?

https://anne-carriere.fr/livre/la-mere-a-cote

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 18:43

Quand j’ai posé la question à @decibelle_de_la_bienfaisance sur le livre dont j’allais pouvoir parler le 6 décembre dans le cadre de #monaventlitteraire2020, je lui ai proposé un livre qui avait été un flop pour moi elle a détourné la tête d’un air désapprobateur 
Il faut dire que la seule fois où j’ai écrit une chronique en demi-mesure, l’auteur est venu défendre son livre et j’étais pétrifiée de l’impact que j’avais pu provoquer 😂
J’ai donc décidé d’user d’un joker pour ce #jour6 et de vous parler d’un livre que j’ai adoré 
💙💙💙 L’arabe du futur 5 ❤️❤️❤️

Le bleu et le rouge alternent dans cet album pour démarquer le quotidien du dialogue intérieur de Riad, de ses peurs ou des colères monumentales  auxquelles il assiste

Cet album est celui de la maturité, du déchirement entre deux cultures, des complexes adolescents, des premières amours, pour une fille ou un garçon, une sorte d’écho masculin aux cahiers d’Esther.
Mais aussi et surtout, et c’est cela qui m’a marquée, c’est en cela que je me suis vraiment reconnue, l’album des premières lectures et des premières musiques
Je ne savais ni écrire ni prononcer Cthulhu, c’est plutôt Tolkien qui a bercé mes jeunes années
Je n’ai pas tout à fait le même âge que l’auteur j’étais déjà jeune adulte quand j’ai découvert Nirvana, ça ne m’a pas empêchée d’écouter !
Tout comme j’ai longtemps détesté le métal pour entrer en contradiction avec mes amis de l’époque, préférant écouter The Cure ou George Michael dont je préférais surtout le look 😂 (#rebelleencarton )

J’ai aussi énormément lu sur les religions, les sectes, le bien et le mal et me suis beaucoup retrouvée dans les interrogations de l’auteur.

Je retiendrai cette pensée ultime de la page 139 
« Je compris que les mythes fondateurs des religions avaient comme points communs la haine de la liberté sexuelle et la domination de l’homme sur la femme, le patriarcat »

Toujours aussi drôle et fin, L’Arabe du futur est également féministe, ce roman graphique est à mettre entre toutes les mains !

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 05:17
Orpheline

Orpheline

 

On pense la douleur insurmontable. On nie cette réalité si difficile. On regrette certaines choses, on en pleure d'autres.

On se dit que rien ne sera jamais plus comme avant.

On voudrait refaire le film en arrière, figer pour l'éternité ces instants magiques partagés.

On était fille.

On devient orpheline.

D'un Papa.

De son Papa.

C'est insoutenable. Mais réel.

Que faire si ce n'est écrire ? Que faire si ce n'est laisser encore des traces de lui. Car, au final, il ne restera que cela. Les souvenirs de lui.

 

Papa est parti au volant de sa voiture. Foudroyé par une hémorragie cérébrale, il est parti vers d'autres horizons par une après-midi d'hiver. Les 2 jours de sursis n'ont servi qu'à adoucir un peu la brutalité du départ. Un peu. A nous faire rire, aussi, comme toujours.

 

Le temps que j'arrive à l'hôpital, le médecin n'a pas eu le temps de nous "briefer" et nous découvrons Papa sanglé à son lit d'hôpital. Ils n'ont pas eu d'autre choix que de l'attacher car :

 

- Il a cherché à s'enfuir de l'hôpital plus de 10 fois avant qu'ils ne se décident à l'immobiliser

 

- il a baffé une infirmière

 

- il a enfermé le médecin et un interne dans sa chambre

 

On lui a donc confisqué ses chaussures et son couteau (Papa se promenait toujours avec son couteau en poche).

 

A peine arrivées, le médecin nous donne donc un topo de cette agressivité qui lui semble déplacée mais qui me semble, à moi, sa fille, normale. J'ai eu un Louis de Funès pour Papa, avec ses avantages et ses défauts. Beaucoup de défauts, beaucoup de silences, mais aussi beaucoup de fierté et beaucoup d'amour. Le fait qu'il veuille fuir cet endroit est parlant, il sait que l'hôpital c'est la mort et il veut en partir à tout prix.

Lorsque le médecin le regarde, même s'il n'est plus tout à fait là, il lui lance, grandiose :

- MÔssieur, vous me devez une paire de brodequins

Il ne cesse ensuite de réclamer à maman : "Couteau - Ciseau - Faut couper", pour se libérer du lit.

 

Son regard est vitreux, je n'ose me l'avouer mais je sais à ce moment, qu'il est déjà parti. Il nous a déjà quittées, discrètement, sobrement, l'artiste est parti par la petite porte de derrière, emportant avec lui mon droit à être encore, parfois, une petite fille.

 

Il décède 2 jours plus tard, par une nuit enneigée, la première de cette quinzaine qui n'en finit pas de bloquer les gens sur les routes et dans les aéroports et qui nous enveloppe dans un coton absorbant les cris de douleur de nos âmes.

 

Le reste est un tourbillon de papiers, de dépression, de fous-rires aussi. Car évidemment, on rappelle à nous un maximum de souvenirs pour ne pas laisser partir le Monsieur. Prolonger encore Papa. Raconter encore Papa.

 

L'entrée du cercueil dans l'église Saint-Augustin est sûrement l'image qui m'a le plus frappée : la lente progression des 4 hommes qui portent le corps léger de Papa, et derrière cette tempête qui se lève et recouvre Paris d'un manteau blanc en quelques minutes. Je soupçonne Papa de jouer avec la météo depuis qu'il est parti. Toute cette neige en hommage à son départ place tout le monde extérieur en sourdine, comme si la Nature, par respect pour notre douleur, mettait en sourdine tout le bruit de la vie pour nous laisser mieux entendre battre nos coeurs, vivants, dans la douleur de ne plus entendre battre celui de Papa qui est parti.

 

Je n'ai jamais eu autant d'ex présents dans ma vie que ce jour-là.

 

Est-ce que l'on reconnaît désormais la qualité de ses relations à celles que l'on réussit à préserver avec ses ex ? Est-ce que la vie c'est savoir accepter la continuité des changements dans nos vies, le va et vient incessant des âmes qui arrivent et qui partent ?

 

Papa, tu resteras l'EX de ma vie.

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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 16:46

L’anomalie 

 

L’aventure commença par une mission des plus banales, la routine, le quotidien, l’ordinaire. Faire atterrir le vol AF Paris-NYC.

 

Sauf que le facteur frappe toujours deux fois et là c’est pour livrer le même avion, deux fois, avec les mêmes passagers à 3 mois d’intervalle.

 

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre ? Que nenni, en plein jour !

 

Confortablement installé dans le coin d'un compartiment de première classe, le juge Wargrave, depuis peu à la retraite, tirait des bouffées de son cigare en parcourant, d'un oeil intéressé, les nouvelles politiques du Times. En réalité, il n’y a pas 10 mais 11 personnages et donc 22 (ou presque) dans ce roman. On ne les perd pas tous au fil du roman (ou presque). De quoi jouer un match de foot ! Et si tous ont vécu d’autres vies que la mienne

 

L’aventure commença par une mission des plus banales, la routine, le quotidien, l’ordinaire. Tout du moins pour l’un d’entre eux, tueur en série, pour qui la situation très insolite ressemble à une mission avant tout.

 

Calypso ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse. Contrairement à elle, Lucie aimerait prendre le large de sa relation avec André.

La nuit d’avant la vague, je me rappelle qu’Helene et moi avons parlé de nous séparer, ne se souviendra pas l’autre André, puisque sa Lucie ne s’appelle pas Hélène.

Joanna aussi sera confrontée à un cruel choix de vie.

 

L'atelier était plein de l'odeur puissante des roses, et quand une légère brise d'été souffla parmi les arbres du jardin, il vint par la porte ouverte, la senteur lourde des lilas et le parfum plus subtil des églantiers. 

Le ficus n’est certes pas une plante aussi odorante mais sa présence pour incarner une des plus belles métaphores du livre en font la plus belle plante au monde, celle qui abrite la vie. On aimerait que Sophia, jolie enfant du roman, Slimboy, jeune chanteur et Alicia, jolie actrice et étudiante et David, pilote émérite  puisent leurs forces dans la sève de ces plantes.

 

Condamné à mort !

Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !

Victor Miesel, lui, n’attendra pas aussi longtemps pour nous offrir une expérience digne de Le Monde de Sophie.

 

Le roman, foisonnant d’idées à chaque page, regorgeant littéralement de références dignes d’un film de Christopher Nolan, tient en haleine  de la première à la dernière page.

Cette richesse, le flirt constant avec différents registres de la littérature, de l’essai au roman d’anticipation, l’entre croisement des destins de ces personnages le rendent inclassable.

 

Le style est aussi une des forces de ce livre dense, intense, que l’on n’a pas envie de terminer tout en le dévorant des yeux, bien plus gros que le ventre.

 

« La vie commence peut-être quand on sait qu’on n’en a pas » 

Je crois surtout qu’elle continue différemment pour nous après avoir lu ce livre.

 

Je souhaite à l’auteur d’être récompensé comme Émile, qui avait lui aussi un double et nous a offert une Madame Rosa dont on aurait aimé qu’elles soient deux et mêmes bien plus nombreuses.

 

La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive.


PS:

La chatte sur la photo est double aussi...

en poids 😁

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 06:46
Sois indépendante

Sois indépendante.

Cette injonction tu me la sers au petit-déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner, au souper. Service continu.

Comme pour conjurer le sort.

Comme si tu avais peur pour moi.

Des dangers qui me guettent en tant que femme. Car c’est bien à la femme que tu t’adresses. Même si je suis encore une enfant, tu me prépares.

Ton corps t’appartient. À toi seule.

Je ne comprends pas la portée des mots sur le moment. Ou plutôt si, je ne saisis pas vraiment le sens, mais l’intention est tellement forte, quasi désespérée, que la solennité de la phrase frappe ma mémoire.

Toute ma vie va se bâtir autour de ces 2 injonctions : Sois indépendante et ton corps t’appartient. Elles sont parfois, souvent, contradictoires. 

Elles sont parfois, souvent, lourdes à assumer.

Elles sont parfois, souvent, synonymes de choix tranchés et de solitude.

Elles sont cependant les cadeaux les plus importants que tu as fait à la femme que j’allais devenir.

 

- Docteur je souhaite arrêter ce médicament !

- Vous en prenez combien ?

- En ce moment je ne le prends pas

- normalement ce traitement préventif dure 5 ans. Vous l'avez pris longtemps ?

- Ben... 3 jours

S'adressant à moi :

- Elle est toujours comme ça votre maman ?

- Non là, ça va 

 

Il y a eu l’opération. L’ablation. Les 2 seins. A ton âge, 82 ans, les médecins ne s’embarrassent plus avec l’esthétique et la délicatesse. Ils te proposent la reconstruction mammaire, comme un serveur qui propose un dessert après un copieux repas, tout en sachant pertinemment que les convives vont opter pour un café et l’addition s’il vous plait. 

Pourtant, il n’est pas question de simplement couper un bout de toi, voire deux nn. Il est question de tout ce que cela symbolise pour une femme. Et même s’ils sont gros, même s’ils ne servent plus à rien car, tu sais, ce n’est pas à mon âge que je vais rencontrer un beau, jeune et riche, tes seins vont être balayés par la maladie, remplacés par des balafres pires que la cicatrice d’Albator. A une femme plus jeune, on proposera un accompagnement psychologique. A toi, rien. Passés 80 ans, tu n’es plus considérée comme une femme. Tu es vieille et tout ton être se réduit à cela. Tu luttes contre cet enfermement, contre tout ce que l’on coupe avec tes 2 seins mais rien n’y fait. On ne te voit plus que comme un corps dont il faut raboter des morceaux, aller à l’essentiel pour maintenir en vie. Comme une denrée logistique dont on doit gérer les avaries pour la garder en vie. 

Mais quelle vie, au juste ? On te propose de porter des prothèses pour faire semblant. Tu rétorques que franchement, tu t’es bien fait suer toute ta vie à porter un soutien-gorge et maintenant, même sans seins, il faudrait faire semblant, non merci, merci bien mais non merci.

Après l’ablation, on t’impose de la radiothérapie parce que c’est le protocole qui fonctionne sur x% des patients. Tu rechignes un peu, la fatigue gagne du terrain, mais tu serres les dents et acceptes de te livrer à cette valse des protocoles qui t’échappent un peu, pour tout t’avouer, je suis un peu le mouvement mais je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive, à part que, vraiment, c’est moche, ce n’était déjà pas fameux, mais c’est franchement moche maintenant !

Le mot revient souvent. Moche. Moi aussi, au début, je me dis que ce n’est pas le sujet, que le principal à ton âge c’est de te soigner vite. Moi non plus, je ne réalise pas tout de suite à quel point nous sommes tous en train de nier que tu es une femme. De plus de 80 ans. Alors quoi, arrivée à un certain âge, la femme perdrait toute autre identité ? Toute autre réalité que celle d’être une vieille ? Une malade ? Une veuve ? Elle deviendrait alors le périphérique d’elle-même, privée de sa propre essence. Son être vidé de toute consistance serait manipulé au grès des examens et traitements et l’âme doté de cette pauvre enveloppe malade et fatiguée n’aurait qu’à suivre le mouvement.

Nous ne marchons pas sur tes plates-bandes mais mordons à coup de motoculteur dans toute la pelouse. Je défends tes intérêts bien sûr mais à grands coups de c’est pas grave, pour te faire retrouver le sourire. Tu me fais comprendre que ça suffit, que ton indépendance n’est plus négociable en refusant catégoriquement de prendre ce traitement. L’hormonothérapie. Cela te rend fatiguée, étourdie, vaseuse et tu as le moral dans les chaussettes. Je comprends enfin à quel point tu as serré les mâchoires pour supporter, en plus de la maladie, de la souffrance, de l’inquiétude, cette négation de ton identité de femme. Tu te rebiffes et je t’admire. Tu imposes ta volonté, tu ne prendras pas ce médicament. Un autre médecin finira par nous proposer une autre alternative, une injection mensuelle. Sorte de pis-aller, le mal est déjà fait, le cancer a atteint les os et les médecins te regardent de leur air je vous l’avais bien dit qui voudrait montrer à quel point tu as eu tort de te considérer propriétaire de ton corps. Tu encaisses de nouveau la radiothérapie. Puis les piqûres mensuelles. Je suis à tes côtés. Cette phrase est à prendre au sens littéral du terme. Je ne peux ni être à ta place ni soulager ta peine. Je ne peux qu’être là pour incarner mon soutien et surtout être témoin de la femme que tu es, que tu as été. Pour un peu, je ferais appel à un escort-boy, qui t’apporterait un peu de bien-être et d’attention. Cela choque à peine lorsqu’on le fait pour un vieil homme ou un malade. Mais tu t’accroches à l’amour de ton défunt mari, au travers de ses lettres, dont tu me dévoiles quelques passages comme pour me dire tu vois j’ai été aimée, tu vois j’ai été femme. Cela semble te consoler, je ravale ma révolte et range mon chéquier.

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 10:35
La vie joue avec moi

La vie joue avec moi

« Mais je joue avec la vie aussi. Avec ma caméra. Spectatrice et actrice du film de la vie de ma famille. Du film de ma vie ». 

C’est ce que pourrait dire Guili. Élevée par la seule figure masculine vivante du roman, elle construit sous forme de roadtrip dans l’ex-Yougoslavie le récit de vie de sa grand-mère et de sa mère. Leur point commun ? Chacune a abandonné sa fille à la petite enfance. 

Lourdes de secrets, lourdes d’amour aussi, les valises que chacune se trimbale sont ouvertes, disséquées, éclatées, étalées. On y vit, on y contemple le récit d’une vie, de vies, les décisions heureuses ou malheureuses. Guili, elle, tente de comprendre, pardonner ce qu’elle peut et surtout vivre sa vie à elle, s’affranchir de ce passé. Posant la question essentielle : notre destin est-il dicté, gravé par notre famille et notre passé, celui que l’on a mais aussi celui qu’on hérite ?

Vera nous y raconte son amour mort, Rafael vit le sien encore bien vivant et chacun se fait l’écho d’une certaine façon d’aimer, absolue, magnifique et terrible à la fois.

 

Nina aura fui son passé toute sa vie mais à l’heure où sa mémoire la quitte, elle déclenche une course contre la montre, perdue d’avance, contre sa vie qui s’efface.

 

Les éléments en harmonie avec eux, le terrible récit de Vera trouvera écho dans une tempête déchaînée. Ils finiront épuisés, comme un ciel bleu pâle, lessivé d’avoir tant pleuré.

 

C’est un roman sur le destin, la filiation, les femmes, la mémoire, celle que l’on veut graver, celle qui est cachée, celle qui nous forge, celle dont on souhaite s’affranchir.

 

C’est un roman sur la liberté, de choisir ou non, de renoncer ou non, de vivre ou non.

 

C’est un roman sur la vie, écrit par une grande plume.

 

« Qui suis-je au fond, sans ma haine de Nina ? »

« Moi je suis un fétu balloté par le vent. Plus exactement, je suis cet oiseau qui ne touche jamais le sol ? J’ai oublié son nom...

  • L’albatros, mais ce n’est qu’une légende, il touche le sol parfois
  • Moi si je le touche, c’est pour prendre mon élan afin de m’envoler à nouveau »

« - Elle sait, je rétorque en répétant ce que je lui ai murmuré pendant la nuit, elle sait, même sans savoir 

  • C’est pas possible une chose pareille. Ou elle sait, ou elle sait pas.
  • Grand-mère, écoute-moi : chaque chose que Nina fait, chaque parole qu’elle dit, chacune de ses respirations, tout ce qui la fait souffrir, tout ce qui marche de travers chez elle, tout provient de cet endroit-là »«Et je me suis dit que, moi aussi, que je le veuille ou non, j’étais un peu confinée derrière ce mur »
  • « Et dire qu’elle pesait des tonnes quand elle n’existait pas »

La vie joue avec moi de David Grossman, traduit par Jean-Luc Allouche aux éditions du Seuil, collection Cadre vert 

 

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 07:39
Les nuits d’été Thomas Flahaut

Les nuits d’été

 

« Sa voix, elle, fut la première à disparaître »

Cette phrase à elle seule pourrait justifier la lecture de ce roman de Thomas Flahaut paru chez L’Olivier.

 

Comment qualifier cette lecture ?

Une balle Dum-Dum. Ce charmant petit surnom abrite une terrible réalité, celle des balles à fragmentation. 

Au début, on pense que ce n’est pas grave. On sent à peine son impact. Au point que j’ai été prise d’une forme de torpeur, pas d’ennui mais une gêne. Cette gêne que l’on éprouve à aller regarder un vieil album photos. Celui qui contient des photos d’êtres chers, pour certains disparus, et qui semble avoir capturé l’émotion, son intensité liées aux clichés qu’il expose.

 

Au fil de cette lecture, on réalise l’étendue des dégâts mais il est bien sûr trop tard pour arrêter. Même en n’allant pas au bout de la lecture, celle-ci est entrée en écho avec le passé, certains destins croisés et a lancé le ballet des émotions et des questionnements.

Quel avenir peut s’offrir à ceux qui n’en ont pas ? Quel poids nos origines ont-elles sur nous ? Quelles promesses la vie n’a pas tenues ? Comment trouver une place, sa place dans un monde absurde proposé pour masquer son vide, sa vacuité.

Cette lecture m’a torturée, bouleversée, gênée, remuée, passionnée.

Le style est très fluide, marqué par l’alternance du point de vue des trois principales personnes dont il retrace les nuits d’été.

 

Évidemment on pense à Nicolas Mathieu, un livre qui se déroulerait quelques années plus tard ou dans une autre vallée.

Mais ce ne serait pas lui rendre justice que de limiter la comparaison à cette famille d’auteurs.

A la ligne de Joseph Ponthus entre aussi en écho avec ce que dit le livre de l’usine, sa terrible emprise sur des générations, et le bruit qui persiste en nous après même qu’on pense que son cœur a cessé de battre.

 

L’impact a donc eu lieu pour moi, me laissant haletante et inondée de larmes. Avec la certitude d’y penser encore longtemps après l’avoir refermé.

N’est-ce pas ce que l’on demande à la littérature ?

 

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 14:22
Une fille de passage

Je ne m’y attendais pas. Autant le dire de suite, je m’attendais à un livre léger ou geignant ou je ne sais quoi d’autre. Mais pas à une telle lecture. Pas à une telle densité

 

J’ai été pénétrée à la fois par l’histoire, le style, les personnages, le rythme, au point d’en rester essoufflée et avec tant de pensées se bousculant en même temps qu’il m’est difficile d’en définir la nature même 

 

Une fille de passage est une auto-fiction. Qui parle d’un des maitres de l’autofiction, l’inventeur de ce mot, Serge Doubrovsky. Sorte d’inception de l’auto-fiction, donc. Cécile Balavoine rejoint en cela d’illustres noms comme Annie Ernaux, Jean-Paul Dubois, Philippe Jaenada (tiens donc, il y avait longtemps) ou encore Marcel Proust. Je convoque volontairement ces noms car le livre entre en écho avec ceux-ci, s’en nourrit, nous transporte dans les mêmes aventures intérieures dont on ne sait comment on reviendra mais dont on sait que l’on ressortira changé.e 

 

Une fille de passage est une œuvre sur les sentiments. Ceux de la narratrice mais aussi en miroir ceux d’un Serge Doubrovsky vieillissant, refusant de se plier au temps qui passe. Elle est entrée en écho avec Un homme de Philip Roth en l’enrichissant de sa propre musicalité, d’une fille de nos jours, de mon âge, dont je suis le parcours en parallèle du mien, les embranchements que ses choix de vie lui font emprunter. Beaucoup de ses choix suivent une logique qui lui est propre, construite à partir de son désir d’indépendance et de ses peurs. Etre une femme libre comporte un prix souvent cher payé 

 

Une fille de passage creuse les sillons de notre Histoire commune, faite d’évènements marquants, heureux ou traumatisants, qui sont autant de balises partagées, de repères face à l’oubli. La page 148 à propos d’un de ces évènements du siècle dont tout le monde se souvient est une merveille d’humour et d’absurdité élevés en rempart face à l’horreur 

 

Une fille de passage est un livre des lieux, des villes que nous habitons un temps et que nous emportons avec nous, qui laissent leur trace indélébile dans notre mémoire, parfois de manière encore plus incisive qu’une personne, un parfum, une conversation car elles sont tout ceci à la fois

 

Une fille de passage parle d’Allemagne et de judaïté, réconcilie au travers de la langue et de la mémoire ces deux univers qui fondent mon histoire personnelle. La revanche par la mémoire et la transmission pour certaines des femmes qui croisent le chemin de Cécile Balavoine, la revanche par la gloire pour Serge Doubrovsky à Munich en 1985

 

Une fille de passage est tout ceci à la fois et bien plus. Roman complexe sur le désir, le temps qui passe, la féminité, le désir d’amour, le désir d’être aimé

 

Le livre se termine en lançant les premières mesures d’une autre partition, le morceau suivant dans cette symphonie de la vie d’une fille, dont j’attends avec impatience le nouveau passage 

 

Une fille de passage 

Cécile Balavoine 

Mercures de France

 

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 14:13
Y a ta mère
Tu es derrière la grille, avec un pain au chocolat dans un petit sachet.
Tu t’inquiètes de ce que je ne déjeune pas le matin, de ces docteurs auprès desquels tu viens chercher conseil « Elle ne mange quasiment que des pommes » et persiste à m’apporter cette « chinoiserie » à chaque récré.
Je t’oublie souvent, toute à ma concentration sur ces précieuses minutes de jeu. Il y a toujours une copine ou on copain pour me rappeler ta présence « Y a ta mère ». Presque clandestine tu me tends le petit trésor au chocolat et vérifie que je le déguste « Partage si tu veux mais manges-en un bout ».
Tu sais très bien que dès que tu auras le dos tourné je m’empresserai d’en offrir aux copains. Parce que c’est toi qui m’as faite ainsi. Tu repars tranquillement comme tu es venue.
Cette attention m’encombre. A 6 ans, à la
« Grande école », j’ai peur de passer pour un bébé. Alors je fanfaronne « j’en veux pas, qui en veut » et le pain au chocolat disparaît en quelques coups de canines voraces.
Cette semaine, les crêpes alternent avec les « chinoiseries » et c’est toi qui les avales. Ton cerveau flou persiste à les partager. Dans cette lente disparition des souvenirs, c’est l’os qui reste, la moelle, ce qui te définit. Tu n’es qu’amour, don, générosité.
A chaque visiteur tu offres une petite madeleine emballée en sachet individuel. Que nous remettons discrètement dans la boîte pour ne pas que tu en manques. Tu n’es qu’amour, don, générosité ET gourmandise.
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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 12:44

C’était un jour sans

 

Hier, c’était un jour sans. Le regard est plus clair mais les épaules plus voûtées aussi. Comme si la conscience avait un poids.

Tu es « fatiguée », mot-valise qui se transforme en mot-remorque tellement il transporte de non-dits. Fatiguée physiquement ? Qui ne le serait pas quand tout se délite à l’intérieur. Fatiguée moralement ? C’est comme si, en plus de tout ce qui t’atteint, tu absorbais la misère et l’absurdité du monde dans lequel nous vivons. Et ta petite éponge a bien du mal à sécher après avoir recraché tout ceci.

Je t’emmène, pas bien loin. Dans le jardin. Nous jouons à passer le bac, les questions sont de plus en plus incohérentes mais nous en rions.

« Tu as des nouvelles de maman ? Pas depuis 1972 ! Et de ton père ? Pas depuis 2010. Ah oui ça fait longtemps » « Tu veux une couleur qui commence par un J ? Oui. Jaune. Oui super, qu’est-ce qui est jaune ? Les fesses » et tu ris de ta propre espièglerie.

Depuis le jardin, des notes de musique nous proviennent du salon. J’entends Let it be, enfin une version approximative au piano. Nous nous approchons du massacre à petits pas économisés. Bernard le pseudo-Infirmier chante quelques mots avec une voix de rockabilleur. Bernard Lennon. Il a la manie de commencer le morceau, plaquer 3/4 accords, un bout de refrain et de laisser la suite suspendue dans l’air. Vous savez, moi je ne sais pas chanter ni jouer, je ne fais que passer. Coitus interruptus. 

Il porte une blouse pour rassurer les habitants de la maison, il est l’animateur qui « pressure vos neurones pour muscler votre mémoire ». Dans quelques minutes c’est l’atelier anagrammes qui va démarrer. Retrouver des personnages célèbres dont les lettres sont écrites dans le désordre. Tu me regardes, perplexe, ce bac-là tu n’es pas certaine d’y arriver mais tu es hypnotisée par le tableau et le feutre alors on s’installe.

Autour de nous, s’installent les autres habitants. Habitantes en réalité. Peu d’hommes dans ce boudoir de fin de vie.

 

Madame Larue porte chaque jour un énorme noeud sur la tête. Elle est tout droit sortie d’un des salons de la Recherche. Elle vapote comme une dératée, en aspirant très fort sur la cigarette, comme un enfant tentant de gonfler un ballon de ses petits poumons insuffisants. Elle tousse très fort, tu entends et souris « Tiens ils ont un chien ».

On discute un peu en attendant que « ça commence » et que Bernard fasse le show.

Je demande s’il y a bien des crêpes demain au goûter. On en revient toujours à l’essentiel, la vie c’est les crêpes. Tu m’en faisais quand j’étais petite, je t’en ai fait quand tu es devenue petite, maintenant c’est le rituel du samedi après-midi.

Commence l’étrange ballet des lettres et des personnages. L’animateur est dyslexique, il oublie ou confond des lettres, rendant la confusion encore plus grande dans la salle. Tu le regardes, souriant sous cape car tu sais que je vais tricher et te souffler les réponses à l’oreille. Tu as l’expression du vainqueur et l’air entendu de celle qui sait qu’on sait, à nous deux.

 

Tes voisines s’agitent, tandis que l’une tousse, l’autre hurle qu’elle ne sait pas qui est Marc Aurele mais qu’elle est certaine que cela ne s’écrit pas comme ça.

Une retardataire nous rejoint et fait rouler son fauteuil « ça m’aide à me concentrer ».

Bernard s’indigne. Non il s’agit bien d’un t et non d’un i, vous l’aviez bien trouvé ce nom même s’il manquait une lettre, Margaret Thatcher était quand même une sacrée bonne femme, un « c’est pas vous qui allez me contredire mesdames » lancé à la cantonade façon Bebel. Bernard Belmondo.

 

Madame Larue disparaît derrière son nuage de vapeur tandis que sa voisine Madame Delrieux a calmé les ardeurs de son fauteuil ardent et s’assoupit au rythme d’un Cram Toianten, copain de de Leoclaptre.

Au fond, les cuisiniers font la plonge. Le goûter se prépare. Je te souffle les réponses que tu déclames, très sûre de toi. Indignée que Bernard te dise « Y a de la triche par ici ».

C’est un travail d’équipe. Je ne suis plus uniquement ta fille, je suis aussi ta mémoire. 

Je garde autant de grains de sable que je peux au creux de ma main, même quand tu la serres très fort pour te rassurer.

C’était un jour sans, qui s’est bien rattrapé.

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